Tribune du Président

François Leblond, président de la Cofhuat

Un peu d’histoire

La Cofhuat a été créée en 1947 à la suite d’un congrès européen consacré à la question de la reconstruction. Chacun des pays rassemblés à Paris était concerné, les destructions avaient été massives. Les anciennes maisons et usines avaient souvent totalement disparu, y compris leur trace sur le sol. Des remembrement urbains étaient indispensables et c’était très difficile, les matériaux nécessaires manquaient aussi. Pour relever le défi et bien utiliser le plan Marshal, il fallait associer ensemble toutes les professions concernées.

Le Congrès européen de Paris, était composé de personnalités qui faisaient, depuis toujours, du logement, la priorité sociale. Leur expérience datait pour certains d’avant la guerre de 14 dans le cadre de la FIHUAT, créée en 1913. Tous avaient contribué au développement avant la guerre, dans leurs pays respectifs, des logements à bon marché. Ils avaient participé au démarrage de la notion d’urbanisme au lendemain de la guerre de 14. Ils étaient les mieux placés pour conseiller le ministre responsable dans sa volonté d’aller vite, de tenir compte des expériences passées et de ne pas rebâtir les taudis là où ils existaient. En France, ils se sont rassemblés sous une forme associative, la COFHUAT. Nous avons constitué un groupe de travail à ce sujet qui a pour objet de rappeler la richesse de cette histoire commune.

 

Si l’institution a poursuivi son travail au-delà de la période de reconstruction, c’est parce que les hommes qui la composaient, pouvaient, par leur éthique et leurs compétences, apporter leurs conseils aux gouvernants dans des circonstances nouvelles. Ainsi la Cofhuat a été présente dès les années 50 dans l’aménagement du territoire avec le démarrage du réseau autoroutier, dès le retour des rapatriés d’Algérie avec la création des grands ensembles nécessaires pour loger une population nouvelle de près d’un million. Elle a été partenaire de Paul Delouvrier dans la politique des villes nouvelles en lui présentant l’expérience anglaise dont elle suivait les évolutions depuis plusieurs décennies. Enfin au cours de la période récente, elle a inscrit dans son programme de travail la lutte contre le changement climatique, l’extension des possibilités du numérique à toutes les catégories de populations sur l’ensemble du territoire, la politique de la ville.

 

Le passé n’est pas exempt d’erreurs, la Cofhuat sait que la nécessité, qui s’est exprimée à certaines époques, de beaucoup construire, a eu pour effet de remettre en cause certains équilibres. La concentration excessive de populations en difficultés dans des zones déconnectées de la ville est une question majeure aujourd’hui. La ségrégation qui s’est produite à l’égard de certaines parties de la population exige des dispositifs énergiques très difficiles à mettre en oeuvre parce qu’ils ne peuvent être compris facilement par ceux qui n’étaient pas directement concernés. Les expériences étrangères sont là encore souvent utiles pour dépassionner le débat. La Cofhuat, par son réseau international, par l’éthique qui anime ses membres, par leurs compétences, peut contribuer à ce que soient diffusés de bons messages au-delà des clivages politiques.

 

Ce ne sont pas seulement les urbanistes, les architectes, les administrations d’Etat, les responsables des collectivités locales, les acteurs du logement social qui sont concernés, ce sont aussi les grandes entreprises du bâtiment qui mettent en oeuvre des techniques assises sur les principes du développement durable, des entreprises partenaires du PPP qui gèrent les grands services publics, les universités qui forment les nouveaux architectes,les aménageurs, les écoles d’ingénieurs, les enseignants des zones les plus fragiles, les responsables des sports collectifs, les acteurs de la vie culturelle dans les banlieues des villes : musiciens, écrivains, poètes. Sur un même territoire, chacun a sa place. La question qui se pose est celle de la coordination des efforts. Nous pensons pouvoir contribuer utilement à la définition de pratiques nouvelles et à leur diffusion.

Les grands sujets d’actualité

1/ les changements climatiques, la maîtrise de l’énergie, une gouvernance nouvelle

Les questions posées sont nombreuses. La Cofhuat, fidèle à son passé, veut contribuer à un climat positif en la matière. Elle a participé à deux réunions de COP 21

Elle s’est appliquée au cours des dernières années à soutenir l’efficacité énergétique active avec le concours de Schneider Electric et à réfléchir avec EDF aux conditions de mise en oeuvre du chauffage sans rejet de CO2

Elle crée des groupes de travail sur les matériaux en insistant sur leur complémentarité. Le prochain se réunit sur le bois de chauffage et de construction. Elle va engager le même travail à la rentrée sur le verre et sur le béton et se rapprocher à cet effet des entreprises concernées, notamment Lafarge et Saint Gobain.

Les pays émergents qui souhaitent s’appuyer sur nos entreprises, attendent de leur part qu’elles ne se comportent pas seulement en constructeurs, ils souhaitent davantage être épaulés dans le fonctionnement dans la durée des bâtiments construits comme des réseaux. Pour répondre, il importe de faire des expériences dans certains territoires de notre pays où cet esprit collectif commence à s’exprimer. Analyser ainsi les conditions d’un esprit de partenariat public-privé et mettre en place une méthode. La Société Vinci a proposé à la Cofhuat de participer au projet » rêves de scènes urbaines » sur le territoire de « Plaine commune », nous avons accepté volontiers.

2/ du bon usage du numérique

Le numérique modifie chaque jour les habitudes et crée des opportunités très nombreuses dans des domaines restés en dehors de la science.

La France a conçu l’aménagement de son territoire depuis 1955 en construisant un des réseaux autoroutiers les meilleurs du monde. La bonne utilisation de ce réseau s’appuie désormais sur le numérique pour le développement de ses usages comme pour l’amélioration du service rendu.

Le très haut débit doit parvenir en tout point du territoire. La Cofhuat a joué un rôle essentiel depuis deux ans en soutenant l’usage du satellite comme complément de la fibre. Elle s’est appuyée pour cela sur les recherches du CNES. L’agriculteur isolé, qui doit rendre des comptes à Bruxelles, peut désormais accomplir toutes ses démarches depuis sa ferme.

Le numérique facilite le travail à distance, la possibilité pour un salarié de ne pas se rendre chaque jour dans son entreprise. La Cofhuat soutient la politique des télécentres avec la Caisse des Dépôts, Orange et un partenaire privé Argus

Le numérique peut permettre de maintenir à domicile des personnes âgées au lieu de les hospitaliser sans motif véritable, la Cofhuat soutient les initiatives prises en la matière en se rapprochant des maîtres d’ouvrage concernés. Elle a engagé un partenariat avec Humanis à ce sujet.

Le numérique est présent chaque jour davantage dans la ville: problème du dernier kilomètre, gestion nouvelle des services publics, enseignement à distance, diffusion de la culture

3/ tirer le maximum des nouveaux dispositifs en matière de logement

Depuis plusieurs années, la Cofhuat s’efforce de soutenir les efforts de chacun des gouvernements successifs dans la mise en oeuvre d’une politique de la ville qui mette fin aux faiblesses des années 60.

Les efforts de l’Etat ont été très importants, les accès réguliers de violence dans certains quartiers masquent des résultats déjà tangibles qu’il faut faire connaître : création de l’ANRU, effort fait pour rééquilibrer la population de certaines zones en créant des aides qui permettent à des salariés ayant des revenus dépassant les normes HLM mais trop faibles vis à vis du marché libre d’être accueillis dans des immeubles de bonne qualité dans ces quartiers et modifier ainsi progressivement leur image.

La Cofhuat engage un effort majeur pour aider au rassemblement de tous ceux qui ont un rôle dans la réussite de ces programmes, elle multiplie les contacts avec les acteurs de cette politique difficile mais qui commence à porter ses fruits, le périphérique de Paris n’est plus autant qu’avant une frontière, à Lyon la Duchère est désormais un quartier d’avenir. La population, dans l’ensemble, a du mal à porter un regard nouveau sur ce qui lui apparaissait en négatif. Il importe de ne pas la braquer, le réflexion sur les conditions d’une plus grande sécurité de ces quartiers est essentielle. L’urbaniste doit dialoguer avec tous ceux dont dépend l’amélioration du climat: la police et la justice notamment.

Le développement des moyens de la Cofhuat

La Cofhuat est une institution qui ne reçoit pas de subvention de l’Etat, qui a été reconnue d’utilité publique sur proposition du Ministère de l’Equipement de l’époque, il y a 7 ans.

Comme le veut notre éthique de départ, nous sommes tous bénévoles. Nous nous appuyons sur un secrétariat composé d’une seule personne. Nous sommes particulièrement économes.

Pour développer les thèmes évoqués plus haut, il nous faut cependant davantage de moyens, c’est pourquoi nous souhaitons qu’un nombre plus grand d’organisations, d’entreprises adhèrent.Des résultats ont déjà été atteints mais ce sera un des objectifs des prochains mois

Nous souhaitons être davantage présents su le territoire national et nous réjouissons de la proposition des anciens de la Scet de constituer pour nous des délégations régionales. Ce sera opérationnel avant les vacances. Leur rôle sera d’abord d’engager le dialogue avec les nouvelles institutions territoriales qui viennent d’être créées.

Pour accroître encore notre rôle aujourd’hui, nous devons accueillir aussi dans nos rangs de nouvelles personnalités, cela se fait régulièrement mais il importe d’aller encore plus loin dans le recrutement d’experts. Pour ma part, j’ai renoncé cette année à d’autres activités pour me consacrer totalement à cette cause qui nous est chère